ECG, bilan cardiaque et moral

Ce soir, je suis allé faire un bilan cardiaque car j’étais inquiet. Depuis plusieurs jours, j’avais mal dans les bras, les épaules, surtout à gauche. De là à me dire que c’était le coeur, il n’y avait qu’un battement. D’autant que j’ai une ascendance côté paternel fragile du palpitant. Or donc, après moult échographies, ECG, tension et le toutim, je me suis retrouvé dans la rue en train de siffler un air de Joe Dassin… Et oui, quand je suis gai, je siffle ses airs entraînants. Par exemple « siffler là-haut sur la colline ». Et ce n’est pas rien en ces temps de crise d’autant que du côté de mon job, ça secoue et ça me tracasse depuis un bout de temps.

Or donc, sortant du cardiologue rassuré, j’étais gai.

Comme on dit, quand la santé va, tout va.

Et ce n’est pas tout, il (le cardio) m’a complimenté sur tout l’exercice que je fais et qui explique ma forme en mon début de cinquantaine (j’en ai profité quel bonheur c’est de Courir au Parc de la Tête d’Or ).

Et, philosophant ensuite au téléphone avec ma compagne là-dessus, j’ai mis en évidence à quel point le moral peut être sournoisement empoisonné par l’instillation de petites mauvaises nouvelles, des mails méchants, des mesures RH empoisonnantes et que la solidité d’un individu peut vite être mise à mal et comme il peut alors perdre de vue quelques uns des éléments fondamentaux de sa vie, ses réalisations personnelles en dehors du boulot, l’amour de ses proches, sa santé.

Merci, mon cardio.

Fiel, mon envie

Si la notion de péché capital est has been aujourd’hui, elle demeure pourtant diablement présente en ce qui concernent l’envie ainsi que son marqueur le plus indubitable, le fiel. Près de deux millénaires après l’invention du concept par Evagre le Pontique dans sa retraite ascétique dans le désert, l’envie perdure, aussi basique, atavique, primaire qu’alors, tant dans le for intérieur des individus qui s’y abandonnent (avec délectation, perversité, égoïsme ?) que polluante, voire empoisannante au sens premier du mot, au sein des groupes dans lesquels ils vivent. On peut s’y laisser prendre si l’on n’a pas l’œil. Car l’envie à l’origine du fiel avance toujours masquée, habilement. Deux études de cas.

Première, à l’entrée de la cafétéria du service central d’une université, un matin. Protagonistes : deux hommes, A1 et B1. A1 est de passage, il a été employé ici durant un certain nombre d’années. B1 est celui qui est à la cause du départ de A1. Il avait été mis au-dessus de lui. Autour de A1, quelques collègues heureux de revoir A1 et de lui demander de ses nouvelles. Surgit B1. Quelle est sa réflexion après avoir salué A1 ? Un pur morceau de fiel : « Ah, ça paie bien XXX. » (XXX est le nouvel employeur de A1), fait-il à A1 en désignant la très belle veste en cuir que porte celui-ci.

Deuxième cas, lors de la réunion mensuelle d’une association. Protagonistes : deux femmes, A2 et B2. A2 papote avec 4 ou 5 autres membres de l’association, toutes des femmes. Surgit B2. « Ah, fait-elle à A2, on ne te voit plus. Tu ne viens jamais chez moi (B2 accueille une fois par semaine des membres de l’association). Tu devrais venir ! » Un moment de silence puis elle place son morceau de fiel : « C’est sûr, quand on est avec quelqu’un… »

B1 et B2, même combat. Ils s’attaquent à A1 et A2 pour la même raison de fond, ils les envient. A1 parce qu’il gagne plus que B1. A2 parce qu’elle a une relation amoureuse alors que B2 est seule. Leurs deux remarques sont des vrilles qu’ils enfoncent dans la peau de leurs victimes sans défense, des vrilles très fines, en apparence anodines, en apparence seulement, car elles vont faire leur effet durant des jours, des semaines, voire des mois à la fois chez leurs victimes et dans les esprits des témoins de la scène. B jouent et gagnent sur tous les tableaux. Ils culpabilisent A de leur bonne fortune (au lieu de s’en réjouir, ce qui est la définition même de la jalousie), se présentent ainsi sans le dire explicitement comme de « pauvres » victimes et associent les témoins de la scène à leur cause.

Car, et cela est à remarquer, dans nos deux cas comme dans tous les autres, cela se passe toujours devant témoins. Non seulement parce que l’effet maximal est obtenu ainsi mais aussi parce que leurs victimes ne pourront pas se défendre. L’attaque est trop soudaine, trop inattendue. En plus, elle est présentée avec le sourire (toujours !), avec un argument imparable, la belle veste en cuir, la relation amoureuse. Sur le coup, les victimes de ces attaques n’ont pas le temps de comprendre et d’analyser la vraie raison de ces attaques. Et pour cause, elles sont centrées alors sur la petite blessure que vient de leur faire B en attaquant quelque chose qui leur est cher, cette veste dont A1rêvait depuis des années, cet être cher dont A2 avait envie de partager la vie. B cherche à blesser A et y parvient afin que A ne puisse pas réagir, se défendre, contreattaquer. Il faudrait à A un grand esprit d’à propos. Il lui faudrait presser la touche Pause de sa télécommande « situations humaines » s’il en existait une pour figer la scène, le temps pour A de décrypter puis de renvoyer B dans les cordes avec la réponse appropriée. Pour B1, c’était facile, il suffisait d’évoquer la voiture coûteuse (et à la consommation indécente) dont il est propriétaire. Pour B2, il aurait suffi de lui dire « Ouh la jalouse !… »

Le clou pour les envieux, la manifestation du fait que ce sont eux qui ont raison, qui sont des victimes, est le silence de ceux qu’ils agressent. Ce silence vaut preuve tacite. Et c’est ce silence de leurs victimes qui restera comme un aveu, sauf si les témoins de la scène sont suffisamment fins pour la décoder. Mais, parions que dans ce cas là, les envieux savent s’adapter à leurs spectateurs en imaginant et jouant un scénario encore plus pervers.

Brel, Brel !

30 ans ! Un ami est venu dans ma chambre d’étudiant me dire, ton idole est morte. Je ne m’étais pas rendu compte que Brel était mon idole. Oui, Brel a été un modèle pour moi. Une amie à moi admire Johnny. On se moque souvent d’elle gentiment parce qu’elle déclare sa flamme pour Johnny avec beaucoup d’amour, de simplicité, d’admiration sans fard, en toute simplicité. Alors oui, j’aimais Brel. J’avais vingt ans. J’en ai cinquante et j’aime toujours Brel. France Musique vient de diffuser Voir :

Voir la peur inutile et la laisser aux crapauds…

Courir au parc, temps et instants

En courant ce samedi matin au Parc de la Tête d’Or, j’ai ressenti comme souvent à la fois :

  • l’instant
  • le temps

Je coure presque chaque week-end et je vois ce magnifique parc changer à chaque fois, passer des arbres nus aux premières pousses, puis au vert tendre, au soleil, à la chaleur, puis aux premières feuilles rousses, aux nuages de feuilles qui volent dans le vent comme des nuées d’étourneaux. Je sens le temps du temps, son cours, son fil, son passage, je le regarde comme je regarde des berges le Rhône passer dans la ville. Limite de cette analogie toutefois quand je cours au Parc, je ne suis pas assis sur la berge mais je suis sur le fleuve, je suis dans le temps, à un de ces points que je ressens plus intensément car je suis vacant, disponible pour ressentir les sensations qu’éveillent les arbres, le ciel, pour ressentir le plaisir de mon corps dans l’effort, pour laisser les idées venir, se croiser, en produire de nouvelles, comme par exemple cette idée de post.

Lecture autour du couple

Cet été, après avoir vécu une séparation particulièrement difficile et encore dans cette douleur, j’ai mis mon énergie dans la lecture de plusieurs livres sur la naissance et les fonctionnements du couple. J’avais évidemment conscience qu’en lisant ces livres je tentais de contrôler la situation.

Or donc, j’ai lu trois livres, Le paradoxe de la passion de Dean Dellis et Cassandra Phillips, La peur d’aimer de Steven Carter et Choisir qui on aime de Howard M. Halpern. C’était un peu trop d’un coup, vers le milieu d’août j’ai commencé à saturer. Que me reste-t-il de ces lectures aujourd’hui, au moment où je me (re)lance dans une démarche délibérée de rencontre ?

D’abord l’idée centrale développée dans Le paradoxe de la passion. Celle qu’il arrive souvent de se trouver dans un couple en situation déséquilibrée, l’un des deux étant dominant et l’autre dépendant, ceci parce que pour une raison ou une autre les sentiments des deux ne sont pas à la même hauteur au même moment. Dans un couple qui « fonctionne » bien, ce déséquilibre passe fréquemment de l’un à l’autre. Chacun est à son tour à tour dans chacun des deux rôles. Mais en situation déséquilibrée de paradoxe de la passion, le couple n’est pas dans un fonctionnement basé sur l’échange mais dans un fonctionnement centré sur des jeux de pouvoir. Ce qui se traduit souvent par le classique « Suis-moi je te fuis, fuis-moi je te suis. » Par des souffrances des deux partenaires, l’un de ne pas être assez aimé, l’autre de culpabilité. Le couple peut passer beaucoup de temps dans cette situation. Et si enfin le dépendant choisit de rompre sa dépendance, de s’en aller, alors à ce moment la relation s’inverse, le dominant à son tour devient le dépendant. On se remet alors ensemble car l’ancien dépendant n’en croit ni ses yeux, ni ses oreilles : celui qui ne l’aimait pas l’aime enfin. Dès les retrouvailles, la relation s’inverse une nouvelle fois, l’ancien dominant redevient dominant dès qu’il a « récupéré » son « dépendant ». Ce cycle rupture/retrouvailles peut se rejouer plusieurs fois. Je peux en témoigner.

Qui choisit-on d’aimer ? En voilà une bonne question. Dans Choisir qui on aime, Howard M. Halpern, souligne d’abord à quel point on peut s’accrocher à des relations dans lesquelles on souffre, où on ne se retrouve pas tel que l’on est (voir ci-dessus). Il traite donc lui aussi de dépendance amoureuse puis il examine les raisons personnelles qui peuvent nous y mener. Car nous sommes des victimes consentantes, même si c’est à notre corps défendant. Nous sommes souvent attiré par les mêmes personnes jusqu’à temps de se décider enfin d’aimer la « bonne » personne. Celle qui nous attire tout en étant capable d’établir avec elle une relation équilibrée. Mais pour nous, lecteur de ce livre, comment être cette bonne personne pour l’autre, celle que nous souhaitons rencontrer ? Conseils classiques : être capable de romantisme, écouter, entendre, accueillir l’autre tel qu’il est. Et moins classiques, s’élargir à quelque chose de grand, social, philosophique, religieux, artistique, etc. Evidemment ces conseils sont assez théoriques quand on se retrouve en situation amoureuse dans la vraie vie bien réelle, un peu comme quand on doit appliquer les conseils d’un moniteur de ski ou de tennis. L’intérêt de Choisir qui on aime est de montrer ce cheminement depuis le couple décrit dans Le paradoxe de la passion vers un couple libre.

Le troisième ouvrage, La peur d’aimer, est lui centré sur l’engagement véritable dans une relation sincère. L’auteur traite des 8 courages à avoir (selon lui) pour s’ouvrir à cet amour : le courage de cesser de blâmer, de nous débarrasser de nos fantômes, de trouver notre soi et de lutter pour lui, de garder les pieds sur terre, de laisser les autres apprendre à nous connaître, d’apprendre la leçon de l’acceptation, de tracer une nouvelle voie, de regarder nos angoisses en face. Ce livre donne envie d’essayer à nouveau en faisant la part de ce qui relève de la décision profonde, du dépassement de ses réactions habituelles pour passer à de nouveaux comportements respectueux de l’autre et de soi-même.

Il m’est resté de ces trois livres le ressenti que l’amour est une « chose » à deux niveaux. Le premier est compulsionnel, passionnel, source de souffrance. Le second est mature, facteur de respect mutuel. Passer de l’un à l’autre, de l’amour passion à l’amour respect, nécessite à la fois de l’intuition, de la finesse, de la sensibilité et de la détermination, du courage, de la persistance. Cela en vaut la peine.