Première phrase

« Je savais parfaitement qu’elle n’était pas là. » C’est la première phrase d’Impardonnables, le dernier roman de Djian.

Djian a souvent expliqué qu’il ne démarre pas un nouveau projet de roman tant qu’il n’a pas une première phrase prometteuse. Alors chaque fois que j’ouvre un roman de Djian, je fonce sur sa première phrase.

Hier, j’ai poussé mon djianisme plus loin, je n’ai pas acheté Impardonnables alors que j’adore Djian, depuis toujours. J’ai laissé Impardonnables dans la librairie. Je suis sorti juste avec sa première phrase.

J’aime le train

Ce lundi matin, gare de Part Dieu, un homme devant la rame fait signe à quelqu’un à l’intérieur. Quand le TGV part, une jeune femme se met à courir sur le quai en agitant la main, elle suit le train le plus longtemps possible.

Ce lundi matin dans cette gare, un commando de jeunes gens. Combinaisons blanches, dans le dos slogan « J’aime le train ». A chaque train qui arrive, ils foncent sur les voyageurs et les applaudissent à tout rompre en leur criant des slogans de bienvenue. Impossible de deviner ce que ressent chacun de ces voyageurs. Personne ne rit ni ne sourit. Visages fermés. Quant à moi qui vais prendre mon train, je me sens gêné. Mal à l’aise.

Dans mon train au départ, assis derrière ma vitre, je pense à tous les moments que j’ai vécus là, les week-ends où j’ai retrouvé et accompagné mes enfants ici, mes parents derrière la vitre repartant vers la Bourgogne, des départs en vacances avec l’être aimé. Je vois cet homme qui fait signe, sans doute à un enfant, à cette jeune femme qui court le long du train. En quoi la mise en scène du commando « J’aime le train » pourrait-elle me faire aimer encore plus le train que tous ces moments de mon histoire intime ?

Et les cheminots ? Comme ils travaillent bien ! Trains presque toujours à l’heure. Sans oublier les techniciens, les ingénieurs qui imaginent les boggies, les caténaires, les moteurs synchrones, les voies ferrées avec leurs rayons de courbure parfaits. Et les agents toujours disponibles, très souvent gentils. Oui, gentils. Humains. Des pros.

Voici ce que j’aime : ces souvenirs, ces hommes.

La chanson (gaie) de la crise

« L’homme parle », drôle de nom pour un groupe. Un nom parlant, oui. Ecoutez sa chanson « La crise », teaser de son album « Militants du quotidien », sortie 15 juin. La chanson de la crise. Crise qui rime avec surprise car :

La vie est pleine de surprises

pour ceux qui connaissent la crise

« La crise » est une chanson gaie, entraînante, fabriquée des mots qui plombent notre quotidien radiotéléjournaux depuis des mois, qui dit la totale désillusion de de de… mais de qui ?… au choix, désillusion d’une génération, d’un peuple, de la « France d’en bas », oui, la fin des quelques illusions qui demeurèrent les dernières. Reste comme le glisse la chanson sur le net :

On est vivant, qu’est-ce que tu veux de mieux ?

Alors on danse sur le monde en morceaux.

A écouter absolument pour pas criser seul dans son coin coin, pour se (re)gonfler la vie, en attendant l’album le 15 juin.

La page MySpace de « L »homme parle » : http://www.myspace.com/lhommeparle

planter

Pourquoi le simple fait de :

  1. acheter sur le marché quelques godets de géraniums et de menthe, persil, thym,
  2. les planter dans des jardinières sur le rebord d’une fenêtre

met-il dans un état de bonheur si fort ?

Est-ce l’excitation propre au printemps ? Le toucher et la manipulation de la terre ? Le fait de planter ? Celui de se reconnecter au temps des saisons ?

Est-ce que ce sentiment (et cette émotion) perdura dans le futur quand nous aurons encore plus perdu contact avec les éléments naturels ? L’être humain aura-t-il un jour totalement perdu toute relation de ce genre ?

La différence entre les deux photos des jardinières AVANT et APRES la plantation fournit une réponse. Toutefois, il manque l’essentiel dans ces photos, intraduisible ici, la magie de ce samedi matin de printemps. Ce quelque chose dans l’air qui n’existe qu’à ce moment de l’année.

Les jardinières avant l'opération