Angèle et Tony, un premier film fort et pudique

Les personnages de ce film parlent très peu… forcément, ils ne font que parler d’amour ! D’amour barré, empêché. L’amour entre Angèle et son fils. Elle sort de prison, on lui interdit de le voir et lui aussi ne veut plus. L’amour empêché aussi entre Angèle et Tony, un marin-pêcheur d’un port normand. Tony est formidablement joué par Grégory Gadebois. Des silences, de la pudeur, des retraits. Mais quand il parle, ça cogne dedans.

Angèle et Tony d'Alix Delaporte avec Clotilde Hesme et Grégory Gadebois

Tony (Grégory Gadebois) et Angèle (Clotilde Hesme)

Leur histoire, je vous laisse la découvrir. L’essentiel de ce film est dans la justesse des personnages, autant des principaux, Angèle très bien jouée par Clotilde Hesme que Tony, que des personnages secondaires. La mère de Tony (formidable aussi avec des dialogues qu’on a envie de prendre en note), le fils d’Angèle, les habitants de ce port. La magie opère tout au long du film et culmine dans quelques scènes. Car la mise en scène d’Alix Delaporte est à la fois coulante et têtue. Le temps coule au rythme de l’histoire, sans interférence, nous sommes avec les personnages. Têtue dans son obstination à les amener à ces confrontations marquantes, toujours à des moments prosaïques, sur un stand de mareyage, autour d’une table de cuisine, dans les coulisses d’un théâtre… pour dire l’essentiel de ce que nous cherchons tous, tout le temps, l’amour. Avec ses difficultés. Un beau film, profond, qui a choisi un cadre fort (de très belles images de bord de mer) pour parler d’intemporel.

Angèle et Tony, d’Alix Delaporte avec Clotilde Hesme et Grégory Gadebois, au cinéma depuis le mercredi 26 janvier.

Angèle et Tony d'Alix Delaporte

Angèle et Tony

Clotilde HesmeClotilde Hesme

Une carte de cinéma

Si vous aimez à la fois le cinéma et les atlas, les mappemondes, les cartes, les plans de métro alors vous allez adorer cette carte des 250 meilleurs films de tous les temps publiée en juillet sur le passionnant blog de passionnés du cinéma Vodkaster.

Réalisée par David Honnorat, un fou de cinéma et (entre autre) webmaster de Vodkaster sous la forme d’un plan de métro, elle utilise la base de données de films IMDb et la sélection de ses utilisateurs dans cette base. David Honnorat y a tracé 20 lignes, chacun de ces 250 films étant une station : chefs d’oeuvres de tous les temps, comédies, drames, SF, horreur, etc.

250meilleurs-filmsLa carte des 250 meilleurs fils de tous les temps, David Honnorat, Vodkaster

Je me suis pris à rêver d’une même carte pour les livres. Elle serait l’objet bien sûr de furieux débats comme celle de David Honnorat. Peut-être existe-t-elle déjà ? Sinon, elle aurait pu être basée sur l’excellent site zazieweb mille fois hélas en pause (si vous dirigez un fonds de pension américain ou helvète, contactez Isabelle, sa fondatrice) ou sur le réseau social de passionnés de bouquins et de partage de bibliothèques et de livres LibraryThing.

Vous pouvez télécharger le PDF de la carte ici.

La fenêtre de Carlos Sorin

“Les films où il ne se passe rien, il faut qu’il se passe rien avec beaucoup de sobriété” a déclaré un des critiques du Masque et la plume (pas noté lequel), le dimanche 19 avril à propos de je ne sais plus quel film qu’il taillait en pièces. Cette quasi maxime est appliquée par Carlos Sorin dans son très beau film La fenêtre.

Un homme de plus de 80 ans attend dans son hacienda en Argentine la venue de son fils. Il va mourir bientôt. L’histoire est celle de la journée où il attend ce fils pas vu depuis bien longtemps. Il ne se passe rien et il se passe beaucoup. Les minutes qui battent, la remise en état du vieux piano par un accordeur patient, deux femmes qui prennent soin du vieillard, lui-même qui fait des siennes, pisse comme les marins de Brel  et des jeunesses, des taureaux, des chevaux qui passent, pleins de vigueur.

On avait déjà beaucoup aimé du même Carlos Sorin, la très attachante et très humaniste (c’est évidemment lié) histoire de chien Bombon el perro.

Ca dure une heure quinze, c’est du cinéma pour les amoureux de littérature, de Carver, de Tchekhov. On y évoque aussi au passage Borges et L’invention de Morel, un grand roman classique fantastique de Casares.

Ce film surtout évite le pathos, cela valait d’être signalé.

En ce moment au ciné.