planter

Pourquoi le simple fait de :

  1. acheter sur le marché quelques godets de géraniums et de menthe, persil, thym,
  2. les planter dans des jardinières sur le rebord d’une fenêtre

met-il dans un état de bonheur si fort ?

Est-ce l’excitation propre au printemps ? Le toucher et la manipulation de la terre ? Le fait de planter ? Celui de se reconnecter au temps des saisons ?

Est-ce que ce sentiment (et cette émotion) perdura dans le futur quand nous aurons encore plus perdu contact avec les éléments naturels ? L’être humain aura-t-il un jour totalement perdu toute relation de ce genre ?

La différence entre les deux photos des jardinières AVANT et APRES la plantation fournit une réponse. Toutefois, il manque l’essentiel dans ces photos, intraduisible ici, la magie de ce samedi matin de printemps. Ce quelque chose dans l’air qui n’existe qu’à ce moment de l’année.

Les jardinières avant l'opération

Auto-radio

Hier soir, à un feu, j’attendais à vélo le passage au vert.
Une Porsche Carrera s’est arrêtée près de moi.
Dans l’habitacle, sur la planche du tableau de bord, un écran allumé,
orange comme du cuivre, chaud dans la nuit.
Sur l’écran affiché en gros : NOSTALGI
Nostalgie sans E à la fin.

Rouler dans la ville avec cet écran orange,
les voix jeunes de chanteurs devenus vieux,
et,
sous le capot,
612 chevaux.

Rétrécissement de l’aire de la foi ?

Deux articles récents, l’un dans Le Monde, l’autre dans ContreInfo se penchent sur la foi.

Le Monde dans un article trop bref, appuyé sur un article de The Independant, fait part de recherches scientifiques portant sur la localisation dans le cerveau de ce que le journal appelle « l’aire de la foi ». Certains scientifiques l’auraient localisée, répartie entre plusieurs endroits du cerveau. La foi existerait donc dans la tête de tout un chacun, bien localisée, fléchée et signalée sur les cartes comme un parking ou une zone commerciale. Cette existence dans le cerveau de tous les hommées expliquerait – selon une partie de ces scientifiques – que la foi soit aussi répandue et depuis aussi longtemps parmi les hommes sous sa forme religieuse.

Jean-Claude Werrebrouck, professeur à l’université Lille II, dans un papier à lire absolument publié par ContreInfo consacré à l’après-crise, article époustouflant de systémique et d’enjambées temporelles fait quant à lui de la foi religieuse un simple passage dans l’histoire de l’humanité. Pour lui, ce serait déjà fini. L’Histoire avec ses grandes haches dira s’il a raison. Cette foi religieuse aurait été remplacée par la foi dans le marché. Foi économico-financière qui aurait évacué selon lui non seulement le religieux mais aussi le politique, transformé notre monde en monde techno-régulé, gouverné par un « soft power » anonyme et tout aussi efficace que les pouvoirs normatifs précédents.

Si la foi est localisable dans le cerveau (dans un lieu qui du coup devient l’âme de l’homme) et si la foi religieuse ne disparaît que pour mieux se réincarner en foi dans le marché, du coup cela veut dire que l’homme ne serait pas capable d’inventer d’autre système qu’un ordre le dépassant.

Jean Claude Werrebrouck envisage seulement pour le proche avenir un report partiel de la foi sur l’ordre législatif et le réglement – donc le politique, mais un politique non lyrique. L’ère à venir ne serait donc plus l’aire de la foi. Malraux a dû faire un demi-tour dans son tombeau.

Fin des croyances ou fin de la foi ? Les deux articles ne font pas la distinction entre les deux. Cette phase de repli de la foi pointée par la papier passionnant de Jean-Claude Werrebrouck n’est-elle pas seulement une phase de transition ? De nouvelles croyances ne vont-elles pas naître, identifiées en amont par le marketing et consumérisées par la comm’ ? Ou la crise des valeurs va-t-elle être l’occasion de retrouver le fil de la foi. Pas une simple zone géographique dans une boîte cranienne sur l’écran d’un scanner à la Google Maps ! La foi dans notre humanité, tout simplement.

Marcher du même pas

Une famille marchant du même pas, place des Terreaux - DR LDV
Lyon, place des Terreaux - DR LDV

Samedi après-midi, tous trois traversaient la place des Terreaux, coupant à travers les 69 fontaines de Buren taries, l’homme portant des courses dans une poche plastique, la femme affichant sur ses jambes la seule couleur vive d’eux trois, leur enfant une raquette dans le dos, allant aux premiers soleils de février du même pas dans leurs vies.