Abdel Hafed Benotman

Le journal Le Monde vient de mettre en ligne un très très bon documentaire multimédia “Le corps en prison“.

Des ex prisonniers témoignent des atteintes de la prison et du système carcéral sur leur corps. Force brute de leurs voix, de ce qu’elles disent et de leur texture. Sobriété du reste autour, photos noir et blanc, sommaire en forme d’inventaire. Difficile de ne pas mettre en rapport ces témoignages avec les proclamations des corps en liberté dans les rues en ce début d’été.

Parmi ces témoins, Abdel Hafed Benotman, auteur de romans et nouvelles noirs remarquables publiés dans l’excellente collection Rivages/Noir dirigée par François Guérif :

  • Les poteaux de torture, nouvelles
  • Les forcenés, nouvelles
  • Marche de nuit sans lune, roman

Dureté, humour, tendresse. Lisez ses romans et vous aurez forcément envie de lire :

  • Eboueur sur échafaud, récit autobiographique

pour en savoir plus sur cet écrivain remarquable dont la vie est tellement marquée par les conséquences de la guerre d’Algérie, le racisme et le mécanisme de la double peine.

Librairies niveau de vie

Aucune librairie à Cergy, Sarcelles, Sevran, trois villes de plus de 50.000 habitants de la couronne parisienne.

Une librairie pour 4000 habitants à Paris intra muros, une pour 46.000 en Seine-Saint-Denis.

Ce sont les chiffres les plus spectaculaires du rapport Premier état des lieux de la librairie en Ile‐de‐France (téléchargeable en PDF ici) dressé par Le MOTif, observatoire du livre et de l’écrit en Ile-de-France.

La carte de la page 3 colore en mauve foncé les villes les plus librairisées, Versailles, Saint Germain en Laye, Paris (avec des pointes dans le quartier Saint-Germain, les 15e, 16e arrondissements et dans le 11e autour de Bastille et République). Quant aux villes sans librairie, elles y sont représentées en gris.

Google, grosse paresse et pensée profonde

Stimulant article au titre réduc’ et provoc’ que cet Internet et Google vont-ils finir par nous abrutir ?, traduit par des bénévoles (dans une démarche open source) d’un article américain, Is Google Making Us Stupid ?, repris par Le Monde et donc cautionné et porté à un plus large public.

En gros, l’article pose cette question : Sommes-nous encore capable d’avoir une pensée profonde ?

Visuel DR Lignesdevie

L’article pointe l’incapacité de nombreux convertis à Internet à désormais lire des livres, fascinés qu’ils sont par le butinage, le surf, l’absorption dans les réseaux sociaux, etc.

Internet empêcherait donc de penser.

Bon, posons-nous et appuyons sur REWIND… Remontons au moment où nous étions écolier, collégien, lycéen, voire étudiant… avant Internet pour la plupart d’entre nous. Etions-nous davantage capable de nous concentrer ? de ne pas zapper dans une BD, un bouquin, la télé, un glandage quelconque au lieu de bosser, réviser, travailler ?

Idem pour ceux d’entre nous qui exercent une profession intellectuelle, a priori des pros de la pensée profonde. Ecrire un rapport, une étude, un article, une fiction, etc. demande de la concentration, de ne pas se lever toutes les dix minutes pour aller boire un verre d’eau (ou d’autre chose), lire le journal, écouter en même temps la radio, etc. a fortiori lire son courrier électronique, son Twitter, son Facebook and co.

Avoir une pensée profonde, en fait,  – ce que ne dit pas cet article – c’est travailler, se coller à son clavier, à sa souris, écrire, dessiner, concevoir, rédiger, etc. Et c’est dur, cela exige de s’y mettre à fond, de ne rien faire d’autre.

Soyons honnêtes (moi le premier), Internet et ses avatars Google, Facebook, iPhone n’ont rien à voir dans le fait d’avoir ou non une pensée profonde. Ils sont seulement des prétextes en plus de tous les autres prétextes pour ne pas me mettre au travail lorsque je manque de courage… ou, lorsque j’ai réussi à m’y mettre, pour m’accorder une petite pause.

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La fenêtre de Carlos Sorin

“Les films où il ne se passe rien, il faut qu’il se passe rien avec beaucoup de sobriété” a déclaré un des critiques du Masque et la plume (pas noté lequel), le dimanche 19 avril à propos de je ne sais plus quel film qu’il taillait en pièces. Cette quasi maxime est appliquée par Carlos Sorin dans son très beau film La fenêtre.

Un homme de plus de 80 ans attend dans son hacienda en Argentine la venue de son fils. Il va mourir bientôt. L’histoire est celle de la journée où il attend ce fils pas vu depuis bien longtemps. Il ne se passe rien et il se passe beaucoup. Les minutes qui battent, la remise en état du vieux piano par un accordeur patient, deux femmes qui prennent soin du vieillard, lui-même qui fait des siennes, pisse comme les marins de Brel  et des jeunesses, des taureaux, des chevaux qui passent, pleins de vigueur.

On avait déjà beaucoup aimé du même Carlos Sorin, la très attachante et très humaniste (c’est évidemment lié) histoire de chien Bombon el perro.

Ca dure une heure quinze, c’est du cinéma pour les amoureux de littérature, de Carver, de Tchekhov. On y évoque aussi au passage Borges et L’invention de Morel, un grand roman classique fantastique de Casares.

Ce film surtout évite le pathos, cela valait d’être signalé.

En ce moment au ciné.

Première phrase

« Je savais parfaitement qu’elle n’était pas là. » C’est la première phrase d’Impardonnables, le dernier roman de Djian.

Djian a souvent expliqué qu’il ne démarre pas un nouveau projet de roman tant qu’il n’a pas une première phrase prometteuse. Alors chaque fois que j’ouvre un roman de Djian, je fonce sur sa première phrase.

Hier, j’ai poussé mon djianisme plus loin, je n’ai pas acheté Impardonnables alors que j’adore Djian, depuis toujours. J’ai laissé Impardonnables dans la librairie. Je suis sorti juste avec sa première phrase.