cendrillon sans pantoufles, par Angèle Casanova — les vases communicants

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pour la soirée
je suis dispensée
de corset

cendrillon sans pantoufles
je porte
des sandales
un tee-shirt légèrement ajusté
une mini-jupe plissée

je vais à la boum
celle où tout le monde va
j’y vais et ce soir
je ne serai pas différente
et ridicule
je serai comme les autres
en uniforme de gamine
jambes nues
sandales aux pieds
cheveux lâchés
gauche et timide
mais comme eux

j’y vais
je me montre
et je me rends compte
qu’être comme les autres
ce n’est rien
qu’attendre
comme les autres
de vivre

avec mes quilles
ma poitrine menue
mes regards en dessous
mes doigts serrés
je suis encore plus nue
ainsi

nulle carapace
nulle
protection
pour me faire croire qu’il y a un obstacle entre moi
et ma vie

non
plus rien
que ce corps
nu
fragile
qui me fait définitivement
basculer
dans la visibilité

Angèle Casanova

Photo : Angèle Casanova, lien vers la photo grand format


Angèle m’a invité à échanger avec elle pour ces Vases communicants d’avril 2015, j’ai accepté avec plaisir. Le principe des vases communicants ? Deux partenaires qui écrivent l’un chez l’autre le premier vendredi du mois. La liste de tous les échanges est ici, grâce justement à Angèle.

Mon propre texte est sur Gadins et bouts de ficelle, le site d’Angèle : Coupure

Nous avons eu envie de donner une expression féminine et une expression masculine de ce moment de l’adolescence où, d’un coup, l’on se sent devenu une femme ou un homme.

Xmas Spirit — Vases communicants avec Dominique Giudicelli

2163678734_b33f744e15_bDécembre approchait la vingtaine. Le Xmas Spirit rutilait aux illuminations de Noël et glissait en traînées humides sous les pneus des voitures. J’observais sous l’abribus d’en face, des voyageurs engoncés en eux-mêmes, mur de sacs debout, tout crissants de sec. Je voyais leur âme s’exhaler en buée. Ça sentait le froid et le sommeil mal lavé.
Le bus arriva du fond de l’aube. Soupir de piston ; en rang, les voyageurs montent et s’affalent sur les sièges. Je les vois s’amollir derrière la vitre, dans la chaleur de l’habitable. Ils vont s’assoupir, fermer les yeux sur leur vie jusqu’à l’arrêt « boulot boulot ». J’attends mon bus pour en faire autant. Le leur s’arrache à l’arrêt et laisse derrière lui l’abri vide. Non… Sur le banc de métal, un homme. Assis, les genoux serrés. Je tressaille, il est nu. Slip, maillot, chaussettes en lambeaux. Un bras plâtré en écharpe, un sac plastique pendu au poignet. Il garde les pieds joints, les orteils repliés. Tête rentrée, craintif, un vague sourire contrit. Endurant sa peine sans mot dire. Confiant ingénument en la mansuétude des hommes. Ou du Ciel. Ou de Noël. Miracle de Noël. Deux bras solides qui l’envelopperaient dans une houppelande et l’emporteraient avec de joyeux HoHo dans une maison qui sent bon le café et pain chaud, tiens, mange et repose-toi, c’est fini…
L’homme porte un bonnet rouge et blanc qui clignote et serine – je l’entends maintenant – « We wish you a merry christmas, we wish you a merry christmas, we wish you… ». J’ai la nausée.
J’allume une clope. Envie de pleurer.

Allez, we wish you une bonne année…

Dominique Giudicelli

Dominique Giudicelli et moi nous sommes rencontrés autour de l’écriture de nos premiers romans respectifs. J’ai le plaisir de l’accueillir pour la première fois ici pour ces premiers Vases communicants de 2015. Dominique, je te souhaite une bonne année d’auteur.

Le principe des vases communicants ? Deux partenaires qui écrivent l’un chez l’autre le premier vendredi du mois.

Le lien vers mon propre texte est ici, dans le blog du site de Dominique :  http://www.des-travaux-et-des-jours.com/blog-ecriture/

La liste de tous les vases communicants de janvier 2015 est ici, grâce à Angèle Casanova.

Photo : Chicken Slaughter par Farm Sanctuary — CC BY-NC-ND 2.0

 

Vases communicants avec Camille Philibert, inspire

peau rugueuse
nidification haillon
paysanne dispensée, magie statique
pas étendu, chairs vermillons de mensonges,
cheveux éteints déjà sous les brises effleurées.

Quand se résorberont vos influx des hauts fonds.
Mornes avantages que le plaisir amer nourri aux feux consumés…
Qu’en biais des saisons et drames et songes, langue sèche déjà acquise,
splendides, les canines splendides, de conteuse de boue, alors…
Exécrant les divines brumes autant qu’astres galeux.
Corps presque détrempé, gagné par le rouge et l’or
dur. Découverte des courants pourris
évocation sévère, élevée
irréel cauchemar
– art triste


Plaisir d’échanger pour la première fois avec Camille Philibert dans ces Vases communicants de décembre 2014. Le principe des vases communicants ? Deux partenaires qui écrivent l’un chez l’autre le premier vendredi du mois.

Le lien vers mon propre texte est ici sur le site de Camille.

La liste de tous les vases communicants de décembre 2014 est ici, grâce à Angèle Casanova. Nous avons eu envie d’écrire sous la contrainte oulipienne des poèmes de métro inventée par Jacques Jouet, membre de l’Oulipo.

Lieux-dits dits

…, Le clos aux choux, Le champ de la planchette, Poirier bossu, Poirier crapaud, Rot, Le plat pays du nez, Pougemin, Le dessus du crochet, Les guerrières, Le champ fesse, ZAC du moulin Mayeux, La livonnerie, Les enfants perdus, Rentes de dessous, Les 18 jours, Le jardin des titres, Zone industrielle La roue, Les côtes de pipa, Rapine, La châtaigneraie d’ici, Vers les nez, Lotissement Le fief de la lande, Petits pots, Sainte Caroline, …

Bois Saint-Romain à Tavernay, Carte pour Lieux-dits dits
Bois Saint-Romain, Tavernay

…, Zone artisanale Les Prades, Le camp aux boeufs, Les quatre gendarmes, Ferme de Mariaville, La cantonnerie, Le champ d’Avaine, Les douze blancs, La plaine du buis, La carabine, Lang tal ty er golf, La ruine et la sable, Le champ de la truie, Monseigneur de Cambon, Zone commerciale Cap vert, Le fief bourceau, Terrier de chez Collardeau, Zone industrielle Cormelle, La roucole, Le pot Vailly, Le cerisier malin, Pièce au comte, Haye au cerisier, Le pont de planche, Le hameau garçonnet, Au dessus le bois de Tabar, Les bourgeries, Persivaux, De la loi, Le domaine veuf, Pouzoulou, Poil en coeur, Maroise, La pijolo, Le clos derrière la lande, Pré de la Trigale, Le bordel au nord, Le marais d’Artemps, Le grand mariage, Montée des iris, Malempan, Le porteur, Les cinq muids, Le champ Annette, Le genêt du chien, Le val de la sauce, Cite Eugène le Nouel, Anse du brick, Bois des oies, Pièces carrées, Têtes rondes, Le pré de derriere Tuboeuf, Le court partage, Suc de bouche, La connaissière, Mézaveau, Serre de bouc, Les glorieuses, Les seize denrées, Tafleur, Les gros yeux, Le Fau, Rouge bonnet, Sous le bois de fourches, Les friandises, Friche du bâtard, Le grand fruitier, Travers de gruat, Puits amer, La mirette, Les bois de rouge maison, Terres de lire, Champ garre, ZAC du Bayle, Les couisines, Pierre de lune, Le pré de la bande Mahieux, Le dévès de monsieur, Terres aux chats, Sigaredes, La queue Longe, La potion, Le chemin au mulet, Soltru, Les chasse rats, Pièce au pommier, Le fosse brocheton, Le clos capiton, Chenue, Champs de la plus belle, Tousogne, Les terres roubines, La timbale, Marguerite d’Angoulême, Les bas limons, Le bas singe, La route aux loups, Le bout du fossé Carizy, La présidente, Le fond de l’Asseverelle, Tournebride, Le laurier rose, Courtils du carouge, Au dessus de rechère, Val frais, La quille, Les nièces, Les avoineaux, Le champ des pigeons, Le pré cuillère, La loterie, Main de Dieu, Les Bois Saint-Romain, Basses cheminées, Poirier pendu, Pied du lait, La croute patrix, Le jardin de chasse, Les petites esablères, Pérotin, La mare pavée, Le buisson à la cordonnier, La graillère du milieu, Les barraquettes, La petite pouée, Pré de la fondation, La petite ortie, Le ventaire, Parc bouillonneuse, La houbette, L’échabot, Le champ au cuir, Petit gendre, Les petites mandies, Le bas du four à verres, La petite pièce à blanche, Marbousquet, Le chaud toupet, Le bien vivre, Les marteaux, Le buisson des chenues, Sensolugne, Le béton, Au soufflet, La poudreuse, Hors la ville, Le pré sirop, La turluzaine, La pitié, Terres de Lyon, Clôture du bois Lohin, La mauricaude, Taillis des gros, Les singerieux, Larinie, Les trois peupliers, Sous le rein de monfort, Salcisse, Roumeguette, Le doussin de fortuneau, Champs des seigneurs, Le coq gris, Les prés de la Guibelière, Près de chez Favre, La Hire, Pech counille, Sémaphore Pomegue, Puech generoux, Le petit clos a boeufs, Polder du grand Saint-André, Lande des groupes, Le bas des vignes blanches, Poil rouge, Pièce de devant la cour, Sapiniere de l’isard, La vergée mouillée, Pré de saint pardon, Mal pensée, Les choux verts, La pièce de l’hospice, Launelle, Le fond crocheteux, La pièce au gros, …

 

Lieux-dits dits est :

  • dédicacé à ma mère et mon père qui ont choisi Les Bois Saint-Romain (37e seconde) à Tavernay (1’07”) pour y vivre et y travailler, Papa, Maman, je vous aime ;
  • un travail littéraire sur le « big » et l’« open data » — ces lieux-dits sont extraits de la base Fantoir des lieux-dits français (plusieurs centaines de milliers) accessible sur le portail des données publiques ouvertes françaises data.gouv.fr (une mine !) ;
  • un clin d’œil appuyé à Georges Didi-Huberman ;
  • un hommage à Aby Warburg dont le légendaire Atlas Mnémosyne a inspiré cette installation web.

À visiter à Paris, l’installation Georges Didi-Huberman et Arno Gisinger d’après cet Atlas Mnémosyne d’Aby Warburg du 14 février au 7 septembre 2014 au Palais de Tokyo.

Atlas Mnémosyne, Aby Warburg

Crédits

Création de Gilles Bertin sur une photo de Barbara Albeck et une proposition de Marianne Desroziers dans le cadre des Vases communicantsLieux-dits dits a été publié la première fois.

Voix : Florence Larisse et Gilles Bertin

Photos (respectivement temps en seconde à partir du début, attribution, type de licence et lien) :

Droits réservés, 2014
Certaines photos étant en DR, cette vidéo n’est hélas pas disponible en CC.
Pour toute reproduction, autorisation requise
auprès de www.lignesdevie.com/contact

Vases communicants avec Marianne Desroziers, Fonds marins

No more fish, Barbara Albeck
No more fish, Barbara Albeck

Plaisir d’échanger pour la première fois avec Marianne Desroziers dans ces Vases communicants de janvier 2014. Le principe des vases communicants ? Deux partenaires qui écrivent l’un chez l’autre le premier vendredi du mois. En ce premier vendredi de 2014, Marianne ici, moi chez elle (en attendant que Marianne ait accès à Internet, ma contribution est visible ici : http://youtu.be/pfvxfojl3YI). La liste de tous les échanges est ici, grâce à Brigitte Célérier. Marianne m’a proposé d’écrire à partir d’une photo (ci-dessus) de Barbara Albeck, http://antigoneuh.tumblr.com/. Nous ne sommes donc pas deux partenaires, mais trois.

Fonds marins

L’eau était glacée. Des blocs de glaces flottaient autour d’elle. Elle avait froid, grelottait. Ses lèvres bleuissaient tandis qu’elle s’imaginait faisant naufrage dans l’Antarctique. Elle essayait de flotter mais rester à la surface de l’eau lui demandait beaucoup d’efforts. Ses muscles commençaient à se tétaniser. Son souffle se faisait de plus en plus court.

Que lui était-il arrivé ? Elle ne se souvenait de rien.  Une de ses jambes heurta quelque chose qu’elle ne parvint pas à identifier puis elle sentit une douleur aigüe.  L’eau se colorait de rouge. Elle saignait. Elle allait mourir en mer, en aventurière, comme les grands navigateurs qui l’avaient fait rêver enfant. Ce serait une belle mort, héroïque et grandiose. Son dos cogna tout à coup ce qu’elle identifia comme une paroi. Elle s’y agrippa de toutes ses forces. Elle se hissa et parvint à sortir la tête de l’eau.

La paroi en verre était glissante mais elle parvint quand même à extirper son corps en entier et à passer de l’autre côté. Une fois sur la terre ferme, elle regarda autour d’elle. Elle ne reconnaissait rien des énormes tables, fauteuils, canapés, bibliothèques, rideaux et tapis qui peuplaient la maison. Celle-ci semblait abandonnée depuis longtemps déjà. C’était comme si ses habitants étaient partis en catastrophe, laissant tout en l’état. Elle essora ses cheveux plein d’algues vertes. L’eau dégoulinait le long de son corps,  sur la table en chêne sur laquelle elle se trouvait. Elle se retourna et  comprit qu’elle venait de sortir d’un aquarium gelé au fond duquel gisait un poisson mort.

Marianne Desroziers

Le site de Marianne :  http://mariannedesroziers.blogspot.fr/