Deux morts

Y aurait-il deux types de morts ?

« Un homme retrouvé chez lui deux ans après son décès », signale aujourd’hui Libé. Nouvelle plus marquante, déconcertante, choquante encore que celle de cette vieille dame retrouvée morte chez elle après quelques mois et pour qui j’avais écrit La méthode Lambert *.

Je suis tombé sur un site web sidérant en recherchant l’article relatant le décès de cette vieille dame. Sur ce site dont je ne donnerai pas l’adresse, les internautes peuvent pronostiquer la date de la mort d’une centaine de personnalités. Les trois décès les plus pronostiqués font l’objet d’un “Top 3” sur la page d’accueil. Les gagnants sont récompensés par une effigie du disparu. Dans leurs crédits en pied de page, les auteurs anonymes de ce site revendiquent l’humour.

Voilà donc deux regards d’aujourd’hui sur la mort : oubli et, à l’autre extrême, souillure du regard des crétins.

(*) publiée chez αяf lors de notre "Vases communicants" d'octobre.

Abdel Hafed Benotman

Le journal Le Monde vient de mettre en ligne un très très bon documentaire multimédia “Le corps en prison“.

Des ex prisonniers témoignent des atteintes de la prison et du système carcéral sur leur corps. Force brute de leurs voix, de ce qu’elles disent et de leur texture. Sobriété du reste autour, photos noir et blanc, sommaire en forme d’inventaire. Difficile de ne pas mettre en rapport ces témoignages avec les proclamations des corps en liberté dans les rues en ce début d’été.

Parmi ces témoins, Abdel Hafed Benotman, auteur de romans et nouvelles noirs remarquables publiés dans l’excellente collection Rivages/Noir dirigée par François Guérif :

  • Les poteaux de torture, nouvelles
  • Les forcenés, nouvelles
  • Marche de nuit sans lune, roman

Dureté, humour, tendresse. Lisez ses romans et vous aurez forcément envie de lire :

  • Eboueur sur échafaud, récit autobiographique

pour en savoir plus sur cet écrivain remarquable dont la vie est tellement marquée par les conséquences de la guerre d’Algérie, le racisme et le mécanisme de la double peine.

La chanson (gaie) de la crise

“L’homme parle”, drôle de nom pour un groupe. Un nom parlant, oui. Ecoutez sa chanson “La crise”, teaser de son album “Militants du quotidien”, sortie 15 juin. La chanson de la crise. Crise qui rime avec surprise car :

La vie est pleine de surprises

pour ceux qui connaissent la crise

“La crise” est une chanson gaie, entraînante, fabriquée des mots qui plombent notre quotidien radiotéléjournaux depuis des mois, qui dit la totale désillusion de de de… mais de qui ?… au choix, désillusion d’une génération, d’un peuple, de la “France d’en bas”, oui, la fin des quelques illusions qui demeurèrent les dernières. Reste comme le glisse la chanson sur le net :

On est vivant, qu’est-ce que tu veux de mieux ?

Alors on danse sur le monde en morceaux.

A écouter absolument pour pas criser seul dans son coin coin, pour se (re)gonfler la vie, en attendant l’album le 15 juin.

La page MySpace de “L”homme parle” : http://www.myspace.com/lhommeparle

Détresses

Dire que l’on a parfois reproché à Victor Hugo et Emile Zola d’exagérer dans le registre social. D’en faire trop ! Mais, aujourd’hui, en écoutant tout simplement la radio publique – France Inter -, comment ne pas se dire que rien n’a changé.

Un homme de 56 ans, soumis à une “pression professionnelle trop importante”, c’est ce qu’il a écrit dans une lettre dont la photocopie a été retrouvée sur le bureau du local syndical de l”entreprise qui l’employait dans la Vienne (il était délégué syndical), s’est suicidé. 84 personnes avaient été licenciées. Il a demandé dans sa lettre que son geste soit considéré comme un accident du travail. Le Sénat a marqué une minute de silence en sa mémoire. Voir articles dans Libé, sur Europe 1.

A Rome, la police a découvert 24 enfants âgés de 10 à 15 ans d’origine albanaise qui se cachaient dans les égouts et les sous-sols de la gare d’Ostiense, l’une des deux grandes gares de Rome, pour y dormir. Voir articles dans France24, Le Matin.

237 personnes sont mortes fin mars dans le naufrage d’un bateau de clandestins entre l’Afrique du nord et l’Italie.  Voir article sur RFI.

Trois manifestations de l’état de notre monde, aujourd’hui, 5 avril 2009.

Auto-radio

Hier soir, à un feu, j’attendais à vélo le passage au vert.
Une Porsche Carrera s’est arrêtée près de moi.
Dans l’habitacle, sur la planche du tableau de bord, un écran allumé,
orange comme du cuivre, chaud dans la nuit.
Sur l’écran affiché en gros : NOSTALGI
Nostalgie sans E à la fin.

Rouler dans la ville avec cet écran orange,
les voix jeunes de chanteurs devenus vieux,
et,
sous le capot,
612 chevaux.