Courir au parc, temps et instants

En courant ce samedi matin au Parc de la Tête d’Or, j’ai ressenti comme souvent à la fois :

  • l’instant
  • le temps

Je coure presque chaque week-end et je vois ce magnifique parc changer à chaque fois, passer des arbres nus aux premières pousses, puis au vert tendre, au soleil, à la chaleur, puis aux premières feuilles rousses, aux nuages de feuilles qui volent dans le vent comme des nuées d’étourneaux. Je sens le temps du temps, son cours, son fil, son passage, je le regarde comme je regarde des berges le Rhône passer dans la ville. Limite de cette analogie toutefois quand je cours au Parc, je ne suis pas assis sur la berge mais je suis sur le fleuve, je suis dans le temps, à un de ces points que je ressens plus intensément car je suis vacant, disponible pour ressentir les sensations qu’éveillent les arbres, le ciel, pour ressentir le plaisir de mon corps dans l’effort, pour laisser les idées venir, se croiser, en produire de nouvelles, comme par exemple cette idée de post.

Lecture autour du couple

Cet été, après avoir vécu une séparation particulièrement difficile et encore dans cette douleur, j’ai mis mon énergie dans la lecture de plusieurs livres sur la naissance et les fonctionnements du couple. J’avais évidemment conscience qu’en lisant ces livres je tentais de contrôler la situation.

Or donc, j’ai lu trois livres, Le paradoxe de la passion de Dean Dellis et Cassandra Phillips, La peur d’aimer de Steven Carter et Choisir qui on aime de Howard M. Halpern. C’était un peu trop d’un coup, vers le milieu d’août j’ai commencé à saturer. Que me reste-t-il de ces lectures aujourd’hui, au moment où je me (re)lance dans une démarche délibérée de rencontre ?

D’abord l’idée centrale développée dans Le paradoxe de la passion. Celle qu’il arrive souvent de se trouver dans un couple en situation déséquilibrée, l’un des deux étant dominant et l’autre dépendant, ceci parce que pour une raison ou une autre les sentiments des deux ne sont pas à la même hauteur au même moment. Dans un couple qui “fonctionne” bien, ce déséquilibre passe fréquemment de l’un à l’autre. Chacun est à son tour à tour dans chacun des deux rôles. Mais en situation déséquilibrée de paradoxe de la passion, le couple n’est pas dans un fonctionnement basé sur l’échange mais dans un fonctionnement centré sur des jeux de pouvoir. Ce qui se traduit souvent par le classique “Suis-moi je te fuis, fuis-moi je te suis.” Par des souffrances des deux partenaires, l’un de ne pas être assez aimé, l’autre de culpabilité. Le couple peut passer beaucoup de temps dans cette situation. Et si enfin le dépendant choisit de rompre sa dépendance, de s’en aller, alors à ce moment la relation s’inverse, le dominant à son tour devient le dépendant. On se remet alors ensemble car l’ancien dépendant n’en croit ni ses yeux, ni ses oreilles : celui qui ne l’aimait pas l’aime enfin. Dès les retrouvailles, la relation s’inverse une nouvelle fois, l’ancien dominant redevient dominant dès qu’il a “récupéré” son “dépendant”. Ce cycle rupture/retrouvailles peut se rejouer plusieurs fois. Je peux en témoigner.

Qui choisit-on d’aimer ? En voilà une bonne question. Dans Choisir qui on aime, Howard M. Halpern, souligne d’abord à quel point on peut s’accrocher à des relations dans lesquelles on souffre, où on ne se retrouve pas tel que l’on est (voir ci-dessus). Il traite donc lui aussi de dépendance amoureuse puis il examine les raisons personnelles qui peuvent nous y mener. Car nous sommes des victimes consentantes, même si c’est à notre corps défendant. Nous sommes souvent attiré par les mêmes personnes jusqu’à temps de se décider enfin d’aimer la “bonne” personne. Celle qui nous attire tout en étant capable d’établir avec elle une relation équilibrée. Mais pour nous, lecteur de ce livre, comment être cette bonne personne pour l’autre, celle que nous souhaitons rencontrer ? Conseils classiques : être capable de romantisme, écouter, entendre, accueillir l’autre tel qu’il est. Et moins classiques, s’élargir à quelque chose de grand, social, philosophique, religieux, artistique, etc. Evidemment ces conseils sont assez théoriques quand on se retrouve en situation amoureuse dans la vraie vie bien réelle, un peu comme quand on doit appliquer les conseils d’un moniteur de ski ou de tennis. L’intérêt de Choisir qui on aime est de montrer ce cheminement depuis le couple décrit dans Le paradoxe de la passion vers un couple libre.

Le troisième ouvrage, La peur d’aimer, est lui centré sur l’engagement véritable dans une relation sincère. L’auteur traite des 8 courages à avoir (selon lui) pour s’ouvrir à cet amour : le courage de cesser de blâmer, de nous débarrasser de nos fantômes, de trouver notre soi et de lutter pour lui, de garder les pieds sur terre, de laisser les autres apprendre à nous connaître, d’apprendre la leçon de l’acceptation, de tracer une nouvelle voie, de regarder nos angoisses en face. Ce livre donne envie d’essayer à nouveau en faisant la part de ce qui relève de la décision profonde, du dépassement de ses réactions habituelles pour passer à de nouveaux comportements respectueux de l’autre et de soi-même.

Il m’est resté de ces trois livres le ressenti que l’amour est une “chose” à deux niveaux. Le premier est compulsionnel, passionnel, source de souffrance. Le second est mature, facteur de respect mutuel. Passer de l’un à l’autre, de l’amour passion à l’amour respect, nécessite à la fois de l’intuition, de la finesse, de la sensibilité et de la détermination, du courage, de la persistance. Cela en vaut la peine.