Lignes de vie - Gilles Bertin

Rubrique ' Textes et nouvelles '

Détours

Des applaudissements éclatent quand l’avion émerge de la couche nuageuse. Des jeunes à l’avant de la cabine. Ils ont vu la même chose que moi. L’aéroport en bas.

Mais moi je tourne de l’œil, je m’évanouis, je perds connaissance, je me barre loin de là. En vain, on ne saute pas d’un avion.

. Sur cette photo, ce sont mes deux grands-mères, elles marchent ensemble bras dessus bras dessous, c’est un jour de fête de famille, elles vont à la salle des fêtes, discutant. . Ma grand-mère paternelle a une canne, elle avance avec difficulté et ne sourit pas. Mon autre grand-mère a une tête de moins mais [...]

A la découpe

Suivez-moi avec ma tronçonneuse ! Elle coupe bien la garce. Modèle récent, fibres de carbone, batterie lithium-ion, ultra-légère. Avec elle je peux courir, monter, descendre ruelles et passages de la ville. Parce que, où j’opère, ça grimpe, c’est les pentes, la colline, l’ancien quartier canut, faut en être, 1831, 1834, 1848, ça vous dit quelque chose ?

La muselière

Les mains du type sur la sangle de la muselière. Ses doigts aux ongles rongés qui soulèvent l’ardillon, engagent la lanière dans la boucle, tirent, ferment sa gueule au chien. Il lui parle en même temps.

Le fichier

Les deux vieilles dames sont assises dans la troisième rangée de fauteuils du wagon. L’une est manifestement un peu gaga, pas finie, elle a le corps tordu, comme souvent les déficients mentaux.

La carpe

La carpe est dégueulasse à manger, les enfants le savent. Seuls les gens de pays d’eaux sombres, écrirait Philippe Claudel, aiment la carpe.

Racines

Acheter des oeufs sur le chemin du retour. Où ? N’importe ! pourvu qu’ils aient un peu de duvet à la coquille, comme un visage d’adolescent, ou des traces de crotte. Demander au boucher de débiter deux ou trois bardes de lard salé en dés en discutant avec lui du contenu du panier ou – si giboulées – de ces giboulées pendant que la lame de son couteau tranche la couenne comme beurre. Dans une boulangerie dépourvue de portes automatiques, et là seulement, demander une couronne ou un bâtard. De quatre livres !

Dix mille francs

Je suis la paille au cul des vaches : trois dents noires m’ont arrachée à la botte serrée, m’ont secouée au long de la rigole rectangulaire où, tapies, les raclettes de la chaîne de curage attendent de pousser devant elles bouse et pisse. L’odeur des moissons monte dans l’étable. Deux couches jaune blé courent, parallèles, [...]

Ma veste (suite et fin)

Lire D’ABORD la 1ière partie de ce VERIDIQUE conte de Noël Un collègue Père Noël est juché sur la selle d’une Vespa. Autour de lui quelques dizaines d’hommes et de femmes, casques à courroies de cuir suspendus à leurs coudes, l’applaudissent. Devant eux, campés sur leurs béquilles, leurs calandes plates et rondes comme des nez [...]

Ma veste

Première partie de deux : la suite et fin est ici. Une veste à vingt euros ! J’ai le coup de foudre. Me vois déjà dedans. Tends mon unique billet à la vendeuse. L’endosse, me va sacrément bien, juste ma taille. Une fille qui passe me sourit intensément. Menuette comme je les aime, gambettes fluos [...]

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