Lignes de vie - Gilles Bertin

Rubrique ' Petits livres costauds '

Le monde était n’importe quoi et ça se voyait. À dix-neuf heures pétantes, Lévy est parti laissant esseulés une dizaine de ses groupies en tailleurs et costumes sombres. Ils ont continué à discuter entre eux – mais de quoi pouvaient-ils parler ?

« Un œil anonyme. / Un œil qui pourrait / être le tien. » ainsi commence L’oeil de Thomas Pourchayre, long et prenant poème doublement métaphorique.

La préface de Marie Desplechin est à la hauteur de cette intégrale des nouvelles de Katherine Mansfield, vibrante de sensibilité, profonde sans certitude, piquante de justesse… Son évocation de la poussière à propos de l’écriture de Katherine Mansfield l’une des plus belles métaphores de la littérature qui soit : “Je progressais dans ma lecture, séduite et abandonnée illico, sans parvenir à fixer le souvenir de ce que je venais de lire. J’avançais dans un brouillard d’impressions, dissipées aussitôt qu’approchées, et j’ai longtemps pensé qu’il m’en restait peu de choses. De la poussière.”

Il se passe quelque chose quand le groupe de quatre slameurs lyonnais La Tribut du Verbe est sur scène. Punch, qualité d’écriture, sens de la mise en scène.

Lune captive dans un oeil mort est un roman noir désopilant, « garanti sans moraline », pour reprendre le titre d’un autre talent de l’humour noir, Patrick Declerck. Ses personnages, alors qu’ils sont tous des ratés, restent longtemps dans la tête. C’est qu’en plus de très bien écrire, Pascal Garnier avait un regard acéré et tendre.

Pour vous donner le désir de la poésie de Nadia Le Roux, j’ai voulu extraire des pépites de son recueil Mauvais jeux. Mais bernique nique ! Dur dur d’en prendre un ou deux vers isolés. Sa poésie résiste au tronçonnage.

Cinq pages ! Ce sera le plus petit livre de cette série “Petit mais costaud” ! Mais cinq pages qui dépassent le cadre de la peinture. Qui concernent aussi l’écriture de nouvelles.

La Remorque est un livre fort, pudique et intime comme on imagine l’être un batelier. Son auteur, Bruno Poissonnier, l’a été. Son récit est juste. Et humain. Ce qui le distingue.

Voyeurisme d’écrire sur ce livre, pas terminé, retrouvé dans les papiers d’Antoine Percheron après sa mort, racontant une métamorphose : Un jour, j’ai changé d’odeur. Je me suis mis à sentir le végétal. La dernière, la maladie : Je suis tout simplement en train de pourrir, je tombe en décomposition : c’est le printemps, ou [...]

1915. En Champagne. Un hôpital. Blaise Cendrars n’a plus de bras droit. On lui a coupé. Il s’est engagé, volontaire pour cette guerre. On le trimballe dans un taxi avec d’autres soldats. – Maman !… maman !… gueulait l’homme couché au-dessus de moi. O Maman !… On l’emmène dans une maison religieuse qui sert de [...]