Johnny Guitar

un bonnet abandonné sur ce banc…
je me souviens de Johnny Guitar
on le prenait souvent pour une femme
même s’il se déplaçait avec cette énorme caisse à outils jaune bouton d’or
il aimait ce genre de bonnet
qu’il portait avec un foulard léopard

un beau jour il est parti pour l’Italie
nos trains se sont croisés
long coup de klaxon je remontais de Toulon
la marine nationale une permission
Johnny était un chevalier oui

à Paris sur le quai de la gare j’ai eu peur
j’étais presque seul un soir de décembre glacial
personne ne m’attendait la ville était vide

Johnny n’a jamais joué de guitare
il ne s’appelait pas Johnny non plus vous aviez deviné

je suis allé chez lui rue Picpus
j’ai trouvé trois gamins avec des chapkas et leur mère
un bandeau à nœud rose tenant ses cheveux
c’est eux qui m’ont dit son départ pour l’Italie
il avait laissé sa colossale caisse à outils jaune
ils étaient contents pour lui
il serait heureux là-bas disaient-ils
merde c’était leur père après tout qui les plaquait
et il était presque le mien

on ne le reverra jamais
il a été poignardé dans le tunnel du Mont-Cenis
dans son train vers l’Italie

Paris, métro lignes 6 et 8

Gilles Bertin, texte, voix, montage https://soundcloud.com/gillesbertin/johnny-guitar
Musique : Black Island Hood, https://archive.org/details/TheRiversGoingWild — Creative Commons license: Attribution-Noncommercial 3.0
Image : By Jean-Pierre Dalbéra from Paris, France (Portrait d’homme (musée Guimet)) [CC BY 2.0 (http://creativecommons.org/licenses/by/2.0)], via Wikimedia Commons, http://commons.wikimedia.org/wiki/File%3AFlickr_-_dalbera_-_Portrait_d’homme_(mus%C3%A9e_Guimet).jpg


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La forme Poèmes de métro a été inventée par Jacques Jouet, membre de l’Oulipo.

Publié par

Gilles Bertin

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