Cabane au vélo

Sténopé de cabane et vélo

Un de mes premiers sténopés, cet été. Le sténopé est un… un quoi au fait ?… un art ? une technique ? une ascèse ? en tout cas un mélange d’humilité et d’enthousiasme enfantin…

transistorAh cette magie de créer avec quelques composants et un fer à souder son propre récepteur à cristal, je me souviens d’un poste de radio que très jeune homme j’avais fabriqué avec un transistor (ces composants électroniques à trois paTTTes) en utilisant comme antenne le toit en zinc de ma chambre d’étudiant.

Le sténopé c’est :

  • une chambre noire (une boîte en carton) au fond de laquelle on place un film,
  • un minuscule trou calibré (le « sténopé ») dans le devant de la chambre noire,
  • une tonne de patience (faire la pose, développer et fixer le film, recommencer ad libitum),
  • une profondeur et un grain quasi infinis antithétiques du numérique.

L’image obtenue est doublement à l’envers : négatif et inversée horizontalement.

Sténopé original

Du côté de chez Swann

C’est l’été, voici un billet paresseux autour d’un sublime extrait du début de la Recherche agrémenté d’un grand moment de la chanson playback française. Le petit Marcel vient à sa grande surprise d’obtenir bien plus que ce baiser de sa mère qui lui manque chaque soir, à la demande de son mari elle va dormir dans la chambre du « petit ».

Je restai sans oser faire un mouvement ; il était encore devant nous, grand, dans sa robe de nuit blanche sous le cachemire de l’Inde violet et rose qu’il nouait autour de sa tête depuis qu’il avait des névralgies, avec le geste d’Abraham dans la gravure d’après Benozzo Gozzoli que m’avait donnée M. Swann, disant à Sarah qu’elle a à se départir du côté d’Isaac. Il y a bien des années de cela.

Sur le plateau de l’émission de Maritie et Gilbert Carpentier, DAVE chante « Du côté de chez Swann » dans un décor hivernal, vêtu d’un pull-over et d’une écharpe. Des figurants-patineurs (à roulettes), pas très assurés, évoluent autour de lui.
Archive vidéo INA

La muraille de l’escalier où je vis monter le reflet de sa bougie n’existe plus depuis longtemps. En moi aussi bien des choses ont été détruites que je croyais devoir durer toujours, et de nouvelles se sont édifiées donnant naissance à des peines et à des joies nouvelles que je n’aurais pu prévoir alors, de même que les anciennes me sont devenues difficiles à comprendre. Il y a bien longtemps aussi que mon père a cessé de pouvoir dire à maman : « Va avec le petit. » La possibilité de telles heures ne renaîtra jamais pour moi. Mais depuis peu de temps, je recommence à très bien percevoir si je prête l’oreille, les sanglots que j’eus la force de contenir devant mon père et qui n’éclatèrent que quand je me retrouvai seul avec maman. En réalité ils n’ont jamais cessé ; et c’est seulement parce que la vie se tait maintenant davantage autour de moi que je les entends de nouveau, comme ces cloches de couvents que couvrent si bien les bruits de la ville pendant le jour qu’on les croirait arrêtées mais qui se remettent à sonner dans le silence du soir.

À la recherche du temps perdu, Du côté de chez Swann, Marcel Proust — Numérisé à partir de l’édition Gallimard 1946-47 et mis en ligne par la Bibliothèque électronique du Québec, site de Jean-Yves Dupuis proposant des textes d’auteurs appartenant au domaine public, http://beq.ebooksgratuits.com/vents/proust.htm

Dave, Du côté de chez Swann, http://www.ina.fr/video/I04337338/dave-du-cote-de-chez-swann-video.html