Mardi 14 mai

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Zone centrale dans Dissonances

Zone Centrale dans Revue Dissonances n°24

Zone centrale

Ce bleu fascinait Pierre, au début. Le bleu Tcherenkov. Les mots lui manquaient alors pour en parler. Ma main est froide sur la commande du pont roulant. Il avance à une allure d’escargot, encore une quinzaine de mètres. Pierre est mort cette nuit. Ils ont emporté son corps dans une civière étanche et je suis restée seule, avec son âme et la mienne. Tous deux, nous avons remonté la berge du fleuve dans la nuit blanchissante. Des oiseaux chantaient dans les ramures et d’autres, des oiseaux d’eau à grandes ailes, traversaient le ciel. Je ne reconnaissais rien, je savais tout. La petite chapelle où nous nous arrêtions à vélo. Les trouées sur l’autre rive. Les coudes élimés du chemin, ses fondrières ocre. Puis, soudain, après un bosquet de coudriers, les rangées de barbelés. De l’autre côté, la route de ceinture intérieure et les patrouilles. Puis au loin, mais semblant proches, les coquetiers des quatre tours de refroidissement. Leur lente fumée allégorique d’un temps paisible.

Suite de ma nouvelle Zone centrale dans le numéro Été 2013 de la Revue Dissonances en compagnie de 19 autres textes courts ou longs illustrés par Charlotte Mollet. Thème commun : le mal.

On trouve Dissonances en librairies, une dizaine à Paris, Point d’Encrages à Lyon, Aux Mots Bleus à Bordeaux et dans pas mal d’autres endroits sauf à Toulouse où j’ai pourtant beaucoup d’amis. Pour eux et les autres, on peut s’abonner, commander des numéros sur le site de la revue ou la contacter par Facebook.

Revue Dissonances n°24, Été 2013, 4 ou 5 euros

George Oppen, Poésie complète

George OppenPlutôt que de tenter d’expliquer ou de commenter la poésie expressionniste de George Oppen, lisons :

Piétonne

Quelles générations auraient pu rêver
De cette petite-fille des rues commerçantes, les yeux

Dans la lumière marchande, les lumières du magasin
Plus étincelantes que la lueur des phares, de la lune à son lever

Depuis le port salé si riche
Si étincelante sa ville

À la surface du trottoir, le réseau des fils où elle marche
Dans les prémices de l’hiver au milieu des immeubles gigantesques.

Dans Les Matériaux (1962), page 101

Traduit en France par Yves di Manno, publié par José Corti, en un recueil regroupant l’ensemble de son oeuvre qui s’étale de 1934 à 1980 avec presque 30 ans de silence entre 1934 et 1962. Américain, engagé en 1942, exhilé sous le maccarthysme.

Survie : infanterie

Et le monde changea.
Il y avait des arbres et des gens,
Des trottoirs et des routes

Il y avait des poissons dans la mer.

D’où venaient tous ces rochers ?
et l’odeur des explosifs
Le fer planté dans la boue
Nous rampions en tout sens sur le sol sans apercevoir la terre

Nous avions honte de notre vie amputée et de notre misère :
nous voyons bien que tout était mort.

Et les lettres arrivaient. Les gens s’adressaient à nous, à travers nos vies
Nous laissaient pantelants. Et en larmes
Dans la boue immuable de ce terrible sol

Dans Les Matériaux (1962),  page 97

George Oppen, Poésie complète, Traduit par Yves di Manno, éd. José Corti, 334 pages, 23€

Liens (vérifiés le 12 juin 2013) :

Quelque chose est mort, Brèves n°95

Revue Brèves n°95 - Gilles Bertin - Quelque chose est mort

Ma nouvelle Quelque chose est mort a été publiée dans la revue Brèves n°95. C’est l’histoire d’un homme qui court après lui-même.

Cette annonce a seulement deux ans et demi de retard ! Je n’avais pas chroniquée cette publication ici alors « qu’être » dans Brèves a été un gros bonheur d’auteur.

On peut, on doit acheter Brèves n°95 en papier ici et en PDF ici et, me signale ci-dessous Geneviève de blog.pourquoijecris.fr, jusqu’à la fin de cette semaine au Marché de la poésie, Place Saint Sulpice, Paris.