Le vol du bourdon — La suite…

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Le début est ici

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Gary est allongé sur un bain de soleil.

Près de lui, sur une desserte, dans l’ombre d’un parasol, une batterie d’écrans de contrôle. La piscine est du modèle de celle de Muholland Drive de David Lynch, se dit Merk, comme si elle n’avait pas de paroi, avec les lumières d’Hollywood en-dessous, son extrémité se confond avec le ciel et la Méditerranée au loin.

Gary est laid. Crâne rasé et front bas, des yeux énormes de mouche, des épaules de hauteurs différentes, un torse de catcheur et un ventre bombé, mais sans graisse, que du muscle et, contredisant son torse, des jambes malingres, si poilues qu’elles en sont noires… on dirait les pattes des chèvres naines du zoo de Vincennes.

Une fille est couchée sur le bain de soleil voisin. Décolorée et maillot de bain lamé argent comme si elle allait en soirée. Elle a des glass vastes comme les pare-brises d’un TGV, fumés. Impossible de savoir si elle regarde Merk ou si elle dort. C’est la fille qui a mis le boxon entre Forty-One et June. Nikita !

Gary regarde ses écrans. D’où il est, Merk distingue sur l’un d’eux la scène où ils sont : les deux bains de soleil et lui-même, derrière, en train de regarder les écrans. Sur les autres, l’intérieur et l’extérieur de la villa.

« Rejoue ce que tu as joué tout à l’heure.

Merk approche sa flûte de sa bouche, inspire un bon coup et remet la sauce sur Le vol du bourdon.

– Tu es bon ! Tout simplement bon.

Il se soulève et applaudit.

– Assieds-toi là, près de moi.

Il lui montre un fauteuil.

– Toi, fait-il à l’un de ses métèques, amène-nous du champagne, du glacé ! on va se faire du bien.

Il se tourne vers Merk.

– Tu tombes bien mec, je m’emmerdais… Le dimanche, je m’emmerde ici… (long soupir) Tu vas me distraire. Approche… (il lui fait signe en bougeant son index courbé) Approche encore…

Quand Merk est proche de lui, la main de Gary jaillit et empoigne sa tunique.

– Qui t’a donné l’adresse de la maison ?

– Forty-One.

– Ce vieux porc !

Il tourne la tête vers la fille.

– Tu entends Nikita ? Forty-One ne s’occupe pas que des filles…

Il relâche Merk.

– Il ne t’a pas violé toi ?… Ce vieux porcin. Il les aime jeunes… Tu devrais te méfier ! Comment tu t’appelles ?

– Merk.

– C’est pas rasta ! Ça fait boche. Dis-moi… tu roules pour qui ?

– La musique ! Je cherche un producteur.

– Ah ah, c’est ce que vous dites tous !… Vous voulez que je vous lance, voilà ce que vous voulez ! Tu es comme les autres, un petit merdeux !

Merk le regarde sans ciller. Gary le repousse dans son fauteuil.

– Fouillez-le ! fait-il aux deux métèques.

– Et ça, fait un des gardes du corps, c’est pour ta conso perso ?

– Un cadeau pour vous, fait Merk, de la jamaïquaine, de la vraie, pas coupée, une merveille… Pour écouter ma musique… Et pour être bien… Vous serez cool après… vraiment cool.

– Tu te fous de moi ? fait Gary, tu voudrais que je sois cool alors qu’ils rôdent tous autour…

Il fait un geste tournant de la main qui peut désigner aussi bien le ciel que toute la côte en contrebas, de Nice à Marseille.

– Joue !

Il se recouche.

– Quelque chose de beau, de pas chiant… Pas du classique ! Quelque chose de vif comme tout à l’heure. »

Sauf que c’était du classique, pense Merk qui ferme les yeux et attaque sur Yellow Submarine. Sa bouche surfe sur les tuyaux, ses fausses dreads volent autour de sa tête comme le bourdon tout à l’heure.

« Continue, fait Gary, continue !

Merk enchaîne le répertoire des Beatles, morceau par morceau.

– Continue ! Continue… »

Gary mate ses écrans en se roulant des pétards de jamaïquaine. La fille fait paresseusement des allers-retours, agitant à peine l’eau de la piscine, au-delà le ciel bleu comme l’eau d’un lagon se confond avec la Méditerranée. De l’autre côté, la chaîne de l’Esterel ressemble à une photo de fond d’écran. Les deux métèques sont assoupis, mentons tombés sur leurs poitrines, avachis sur des poufs gonflables. Les dogues argentins somnolent, tête entre les pattes, leurs oreilles immobiles. C’est la chaleur sèche du plein après-midi et, quand Merk arrête de jouer, le bruit de ressac des cigales.

Il pose sa flûte et montre sa lèvre inférieure.

« Elle commence à me faire mal, il faut que je fasse une pause. »

Gary soupire.

Merk tend sa flûte vers lui comme pour une offrande.

« Mec, je vais te raconter l’histoire de cet instrument qui te plaît tant. »

Gary ne réagit pas à son tutoiement. Sa voix se fait plus douce, descend d’une octave.

« Tu veux ?

Gary approuve des paupières.

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la fin est ici

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La version numérique en ePub (ou ebook) a été créée avec le service Polifile de C&F éditions présenté au Salon du Livre 2011. La couverture est filigranée car le service est encore en test (au 5 mars 2011).

Mes impressions sur Polifile sont très favorables : grande simplicité d’utilisation, aucune connaissance informatique, quelques copier/coller depuis OpenOffice ou Word suffisent.

Merci à C&F.

Publié par

Gilles Bertin

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2 réflexions au sujet de « Le vol du bourdon — La suite… »

  1. Tu fous la trouille, Gilles. Tu prends des risques, mec, faudra pas nous décevoir ou ça va chauffer.(disait Gary, la tête et la bouche enfumées).

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