Bobin dans Transfuge

Christian Bobin fait du bien où ça fait mal. Interviewé par Transfuge pour son dernier livre Les ruines du ciel, il redit l’importance de la distance pour regarder ce monde. Lui-même sait s’en tenir à distance. J’aimerais savoir en faire autant, je le dis avec humilité tant il me semble difficile par moments de vivre sereinement, simplement.

croix-arbresEn écho au billet de Taraf Zelie Bordela « Dans le trafic des images avortées » dans Histoire d’une passion – Photo Lignes de vie

Il rend dans ce livre hommage aux Solitaires et aux religieuses de l’Abbaye de Port-Royal qui résistèrent au 17ième siècle au pouvoir absolu de la royauté. Pour Bobin, c’est

une allégorie de la résistance souhaitable de la pensée, de la beauté, du songe face à la royauté versaillaise de l’argent.

Il a confiance en la capacité de quelques uns à résister à ce pouvoir qui se poursuit jusqu’à aujourd’hui,

comme si l’esprit devait toujours passer souterrainement, presque dans l’invisible, jusqu’à ce qu’à certains moments, le feu reprenne.

L’interview est précédée d’un beau portrait photographique de l’écrivain.

Ce billet est l’occasion de signaler la qualité de cette revue Transfuge, consacrée à la littérature et au cinéma. On y pratique comme dans Le Matricule des Anges la rencontre approfondie, le temps passé avec l’interviewé. Cela se sent, cela se lit.

Publié par

Gilles Bertin

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5 réflexions au sujet de « Bobin dans Transfuge »

  1. L’écho touche au creux, creuset, creusée des mots comme ils peuvent apparaître vous savez quand on attend, attentation des prochains à surgir sous les doigts.

    Alors c’est la mort qui reflue ?

    Les phrases de Bobin merci, j’irai chercher les autres alors dans Transfuge, version papier pour amener les voix et tous les mots dans le silence précis de la forêt derrière la rue.

    Le gibi lit et écrit, ça s’entend et c’est devenu un passage que d’attendre ici les phrases qui viendront.

    Vite avancer, aller fouiller dans les années des archives et déceler de quoi faire un portrait, à bonne distance de la mort-propagande.

  2. La distance est difficile à tenir en toutes circonstances. Il faudrait ne pas aimer, ne pas s’attacher, n’avoir aucun lien affectif. Charles Juliet dirait que c’est une affaire qui concerne le petit moi. J’ai aimé passionnément l’écriture de Christian Bobin, j’ai lu une trentaine d’ouvrages de lui. Mais aujourd’hui je ne peux plus, quelque chose dans ma lecture est définitivement cassé. Même si j’ai conservé certaines phrases qui sont toujours justes. Je vais cependant aller voir Transfuge.

  3. @TZB : J’ai réalisé (comme ça en y pensant en faisant du vélo) la très grande différence de place de la photo dans les billets de votre blog et des blogs comme celui-ci.

    @Frédérique : Je partage ta réflexion sur la distance, je pense même que la mélodie de cette distance peut être ce qui fait la beauté d’une histoire. Christian Bobin m’a surtout en ce qui me concerne à certains moments difficiles apporté la compassion (ainsi que certaines personnes heureusement). J’ai souvent vu des personnes le lisant dans les gares, les trains, le métro et à chaque fois cela me touchait car je savais qu’à chaque fois c’était une lecture particulière.

  4. Je n’ai pas lu d’ouvrages de Bobin mais de très nombreuses citations de cet homme particulier me parlent, résonnent en moi et m’accompagnent. Il pose sur les choses et sur les gens un regard qui convient à ma façon de vivre et de penser.

    Merci, le Gibi, pour ce billet.

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